|
Écrit par Lahoucine Bouyaakoubi
Par tout en Afrique du nord, qu'il soit chez les arabophones ou chez
les amazighophones, la célébration de ce nouvel an ( qui coïncide
avec le 12 Janvier ) est très pratiquée. Elle porte des noms
différents mais désigne la même chose. Au Maroc, les noms utilisés
sont (Id innayer), la nuit de innayer, (Id usggwas), la nuit de
l'année, (Ikhf usggwas), extrémité de l'année, (tagwlla n innayer),
le repas de yinnayer, Haguza, Bayanu, ou "ssana Al-filahiyya",
l'année agricole, "3sidat innayer" en arabe.
Un certain nombre de rites très variés accompagnent cette
célébration. Chaque région, chaque tribu ou même chaque village a
ses spécificités et ses pratiques qui la distinguent. Ce calendrier
est basé essentiellement sur un mode de vie lié à l'agriculture et
au changement des saisons. C'est ce qui explique que dans quelques
régions, pour célébrer ce nouvel an, les familles préparent un repas
nommé "urkimen", en amazigh ou "seb3 khdayer", les sept légumes. Un
repas composé de toute sorte de légumes. Un autre repas est très
présent à cette occasion notamment dans la région de Souss, Il
s'agit de "Tagwella", le repas officiel de la cérémonie. Le même
repas porte chez les Amazighs de la Libye le terme de "Timghtal"
Tandis que dans le Rif, c'est le couscous qui est préparé et dans
d'autres régions égorger un coq est très important. A l'Est du
Maroc, une grande activité commerciale accompagne la célébration de
yennayer. Les tribus de la région se réunissent dans des marchés
populaires pour acheter du blé, de la céréale ou du mais.
Un grand nombre de comportement accompagne la célébration de
yennayer. A coté de la superstition, les rites et pratiques
accompagnant cette célébration sont très variés. Pour les régions
qui préparent "Tagwlla", le noyau du date "aghwrmi", se fait caché
comme la fève, à l'intérieur du repas et, le membre de la famille
qui a eu la chance de trouver la fève est destiné être heureux toute
l'année. On lui donne même les clés ‘‘d’Agadir" le grenier ou le
magasin où tout le village dispose ses biens. On disait aussi que la
personne qui n'a pas bien mangé ce jour là, aura faim toute sa vie.
Dans la région d'Ihahan (prononcé en arabe Haha), les femmes posent
trois boules de blé au toit de la maison placées successivement
selon l'ordre des trois premiers mois de l'année. Après elles
jettent du sel sur les boules. Le lendemain, elles goûtent les trois
boules. Celle qui est la plus salée représente le mois où il y aura
beaucoup de pluie. De même; s'il pleuvait le jour de l'an, cela est
un signe d'une année agricole bien réussie. Dans d'autres régions,
les membres de la famille montent en haut de la maison pour voir
quelle sera la première voix entendue. Si c'est la voix d'une vache,
l'année donc sera bonne. Mais si c'était la voix d'un âne, l'année
prochaine sera mauvaise. La même explication se donne selon les
insectes qu'on trouve au dessous des trois pierres "inkan" qui
composent le four traditionnel. Elles sont placées d'une manière
triangulaire. Si on trouve des fourmilles, l'année sera bonne. Par
contre si c'est autre insecte, l'année sera catastrophique au niveau
de la récolte.
"Yennayer", le nouvel an amazigh : Un rite ancestral au service
d'une revendication identitaire : Entre tradition et militantisme.
Depuis l'émergence du mouvement revendicatif amazigh, ce
calendrier a pris une autre appellation. Dorénavant, il est nommé
"nouvel an amazigh". Il se dote aussi d'un chiffre pour fixer son
début. Cette année on est en 2959. Quelle est l'origine de cette
date?
L'apparition d'une date qui fixe le calendrier amazigh est liée à
tout un travail de réappropriation, de promotion et de la mise en
valeur des éléments de l'identité amazighe mené depuis la fin des
années soixante par, notamment, l'association Agraw imazighn (connue
sous le nom de l'Académie berbère). Autour de Mohamnd A3rab Bisaoud
(dit Muhed Aqbayli) s'est constitué, en 1967, le premier groupe qui
sera le noyau d'un mouvement revendicatif amazigh. A cette époque,
ces militants ont retravaillé et faire connaître les alphabets
amazighs "tifinagh" et ont valorisé l'histoire ancienne des
Amazighs.
Le chiffre 2959 débute historiquement du 950 av JC, date du règne du
roi amazigh "Chichneq" sur les Feraouns en Egypte, constituant la
famille 22. Le choix de cet événement pour débuter le calendrier
amazigh révèle les intentions suivantes :
·
Chercher le maximum possible dans l'histoire lointaine
des Amazighs pour dépasser les deux calendriers existant chez les
Amazighs, à savoir le calendrier Grégorien et surtout le calendrier
arabo-musulman connu sous le nom du calendrier Hégire.
·
Faire connaître, au large public, la relation existant
entre les Amazighs et la civilisation faraounique, comme une des
grandes civilisations de l'humanité.
Au
Maroc, cette date n'a commencé à être connue qu'après 1991 après la
publication de la Charte d'Agadir, considérée comme acte de
naissance officiel du mouvement amazigh au Maroc. Et depuis, toutes
les associations amazighes veillent à ne pas rater la célébration du
nouvel an amazigh. Parmi les traditions associatives liées à cette
nouvelle célébration, la publication des calendriers affichant
l'année amazighe et l'organisation de grands galas et conférences
autour de cet événement. Le calendrier diffusé par les associations,
ne vise pas seulement à faire connaître le calendrier amazigh, mais
notamment, à diffuser des messages culturels et politiques en faveur
des droits linguistiques et culturels amazighs. En conséquent, les
autorités n'hésitent pas d'intervenir pour interdire la diffusion de
ces tractes. C'est le cas, de l'association Tamaynut section d'Inezgane.
En 1994, cette association publie et diffuse un calendrier qui porte
les trois années à savoir, l'année grégorienne, 1994, l'année hégire
1414-15 et l'année amazighe 2949. A coté, on trouve les photos des
anciens rois amazighs comme Yuba I, Masibsa, Tihya, Massinissa, et
Yugrten mais aussi, deux textes, un en français et l'autre en
amazighe. En français, on lit:
" Notre démarche consiste essentiellement à revendiquer notre
Identité culturelle qui se résume tout simplement dans le refus
D’être autre que nous même dans le respect des autres. Nous somme et
nous voulons rester amazighs" Et en amazighe, il s'agit de deux vers
d'un poème de Ali Sedki Azayku:
"Iqqand i yan iddrn a sul isawal mqqar ran-as middn ad t-ittu
wawal
"Tôt ou tard, le vivant parlera même si tout le monde cherchera à le
faire taire"
Le calendrier était largement diffusé et affiché dans les boutiques
des commerçants de la ville mais quelques jours après, le Pacha d'Inezgane
décida de censurer le calendrier et arrêter quatre membres de
l'association. Ali Boumalk, Brahim Lasri et Rachid Rédouan comme
membres du bureau de l'association et Abderrahim Zaki, comme peintre
et réalisateur du concept du calendrier. Après deux jours d'enquête
autour du contenu des deux textes et les photos des anciens rois
amazighs, les détenus se sont libérés en attendant une nouvelle
invitation qui n'est jamais venue jusqu'aujourd'hui.
Mais malgré cette attaque de la part des autorités locales de la
ville d'Inezgane, les associations n'ont jamais cessé de célébrer le
nouvel an amazigh. Il a même pris une nouvelle dimension. Après des
années de l'organisation des galas gratuits pour fêter Yennayer,
aujourd'hui, et depuis 2001 quelques acteurs associatifs ont rendu
cette célébration un moment attendu par l'élite économique et
politique de quelques grandes villes. A Agadir, Marrakech,
Casablanca, Meknès, Nador ou Rabat. Quelques hôtels même n'hésitent
pas à préparer un dîner spécial yennayer. L'événement peut se
développer pour qu'elle devienne au service du développement
économique et touristique de quelques régions. A coté de la
célébration dans le cadre familial héritée depuis des siècles le
mouvement amazigh rend cette occasion, un moment fort pour
sensibiliser la masse autour de la revendication amazighe et envoyer
des messages aux autorités pour reconnaître les droits amazighs.
Aujourd'hui, la revendication majeure et la devise de cette
célébration et que ce jour soit reconnu officiellement comme jour
férié et la reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe
comme langue officielle. Pour atteindre cet objectif les
associations amazighes n'hésitent pas à rendre public des
communiqués et déclarations à ce sujet. Les efforts du mouvement
amazigh ne passe pas inaperçus. Le message amazigh a réussi à
atteindre les autorités officielles et les élus locaux ou
parlementaire. En 2005, le Conseil municipal d'Agadir à organisé un
grand concert à l'occasion de la célébration du nouvel an amazigh et
en 2008 (2958 amazigh), les élus locaux de la ville de Dcheira, dans
la banlieue d'Agadir organisent une soirée à la même occasion et
pour rendre hommage aux quelques grand poète chanteurs (Rways). En
Libye, cette année (2008 – 2958), le pouvoir libyen n'a pas pu
rester indifférent. Il décide de célébrer "yennayer" mais sans
signaler qu'il signifie le nouvel an amazigh. Pour le régime de
Kadhafi, il ne s'agit que de la célébration de la 2958e
anniversaires de la victoire de Chichneq, le libyen sur les Faraouns
car il réalisa, et pour la première fois dans l'histoire, l'unité
des deux régions du "monde arabe", la partie de l'Asie et celle de
l'Afrique. Cette démarche, de la part des autorités libyenne, révèle
une vraie volonté pour la réappropriation politique de l'événement.
Même si le terme calendrier amazigh n'est pas cité ouvertement,
célébrer la victoire de Chichneq (Chechonq) le 13 janvier exactement
n'est qu'une stratégie pour exploiter le discours amazigh pour des
fins idéologiques panarabismes du régime libyen.
Dans la Diaspora amazighe et notamment en France, ou la présence
amazighe est très forte, la célébration de "Yennayer" comme nouvel
an amazigh n'échappe pas au danger d'une éventuelle réappropriation
politique de la part de différentes tendances politiques en
concurrence. En parallèle avec les différentes activités
associatives organisées à l'occasion, les grandes figures politiques
ne ratent pas l'occasion. A paris, par exemple, les deux grands
candidats pour la Mairie de Paris, Françoise De Panafieu (UMP) et
Bertrand Delanoë (PS), accueillent respectivement les acteurs du
mouvement franco-berbères et des milliers de Franco-berbères pour
célébrer "Yennayer" et lancer des promesses en faveur d'une
meilleure reconnaissance du berbère en France.
Source : www.amazighnews.net
|