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Un philosophe définissait l’Histoire comme tout ce qui nous reste
lorsque nous avons tout perdu. Pour que l’identité, la culture, et
par là même toutes les particularités de tout un peuple, ne
rejoignent pas le cimetière de Histoire, il convient de maintenir,
entretenir et raviver toutes ses composantes. Une telle tâche n’a
rien d’ostracisme : l’Humanité et l’Universel n’étant que la somme
des différentes composantes qui constituent ce Monde dans lequel
nous vivons. Par ailleurs, étant donné le jeu verrouillé imposé par
les différents pouvoirs successifs au sein de Tamazgha, la patrie de
notre Peuple, de notre Culture, de notre Histoire et de notre
Identité, la Diaspora Amazigh se trouve aujourd’hui de fait investie
d’une part de responsabilité liée à la sauvegarde et à la
revivification de sa propre identité et de sa propre culture en
attendant des lendemains meilleurs. Par conséquent, c’est dans ce
double cadre bien défini que s’inscrit la célébration de Yennayer
(le nouvel an Amazigh) par la Diaspora Amazigh.
Qu’est-ce que Yennayer
Yennayer est la fête célébrant le passage au nouvel an par les
Imazighen. Ce jour correspond au 12 janvier du calendrier grégorien,
devenu universel. À l’instar des autres civilisations dans le Monde
(russes, chinoise, celtes, arabes, ottomanes etc.), les Imazighen
avaient donc leur propre calendrier bien ancien, basé à la fois sur
les changements de saisons et les différents cycles de la végétation
qui déterminent les moments cruciaux à l’agriculture, et sur les
positionnements des astres comme la lune et le soleil. À l’Arrivée
des Romains, un autre calendrier (le calendrier Julien), allait se
substituer au calendrier autochtone, qui ne répondait plus aux
nouvelles saisons nées des innovations agricoles. Le 12 janvier du
calendrier Julien (institué en 45 av. J.-C. par l’Empereur Jules
César) correspond donc au 1er janvier du calendrier grégorien actuel
(instauré par le pape Grégoire XIII en 1582).
Pourquoi le 12 janvier 2959
L’avènement de Yennayer de l’an 951 avant Jésus-Christ du calendrier
grégorien correspond à un événement politique de portée
incommensurable pour les Imazighen. Nombreux dans les différentes
armées des Pharaons, les Imazighen allaient peu à peu s’affirmer et
influencer les Rois Pharaons. C’est ainsi qu’ils réussirent à
arracher leur droit à observer leur propres rites comme les cultes
funéraires, pratique spirituelle d’importance capitale à l’époque.
Il en fut une qui ne pouvait passer inaperçue, le rite funéraire
organisé à la mort de Namart, père de Sheshonq I qui allait bientôt
être le fondateur de la XXIIème dynastie pharaonique. En effet, en
l’an 950 av. J.-C., à la mort du Pharaon Psoussenes II, un amazigh
répondant au nom de Sheshnaq accède au statut de Pharaon d’Egypte en
soumettant tout le Delta du Nil (berbère fondateur de la XXIIe
dynastie en Egypte), ainsi que la grande prêtrise égyptienne sous
son autorité, et fonda sa capitale à Bubastis. Auparavant, Chechonq
I régnait sur un territoire allant de la partie orientale de la
Libye actuelle jusqu’au delta du Nil. Il régna sur l’Egypte en tant
que Pharaon de 950 jusqu’à 929 av. J.-C. Soucieux de respecter la
tradition pharaonique, son fils épousa la princesse Makara, fille du
défunt Pssossenes II. En commémorant cet événement, Yennayer devient
également le symbole des retrouvailles entre les Imazighen et leur
histoire plusieurs fois millénaire, de laquelle ils ont été
injustement spoliés depuis maintenant deux millénaires.
La célébration de Yennayer
Pour les Imazighen, Yennayer est d’abord une porte qui s’ouvre sur
le nouvel an et appelée ’tabburt useggwass’ (la porte de l’année).
Sa célébration s’explique par l’importance accordée aux rites et aux
superstitions de l’époque dont certaines subsistent encore de nos
jours. La période en question attire particulièrement l’attention
car la saison correspond à l’approche de la rupture des provisions
gardées pour l’hiver. Il convient donc de renouveler ses forces
spirituelles en faisant appel aux rites. À cette époque de l’année,
le rite doit symboliser la richesse. Ainsi, pour que la nouvelle
année entamée soit plus fructifiante et la terre plus fertile, il
convient de se purifier et de nettoyer les lieux. On obéit également
aux lois rituelles tel que le sacrifice d’un animal (Asfel) sur le
seuil de l’année, comme on le fait encore de nos jours sur les
fondations d’une nouvelle bâtisse. Le rituel asfel symbolise
l’expulsion des forces et des esprits maléfiques pour faire place
aux esprits bénéfiques qui vont nous soutenir l’année durant. Si les
moyens le permettent, seront sacrifiés autant de bêtes qu’il y a de
membres de famille. La tradition a retenu le sacrifice d’un coq par
homme, une poule par femme et les deux ensembles pour les femmes
enceintes afin de ne pas oublier le futur bébé. A défaut de viande,
chaque membre de famille sera représenté par un oeuf surmontant une
couronne de pâtes. Le dîner ce jour là sera servi tard e t se doit
d’être copieux, ce qui aux yeux des Imazighens augurera une année
abondante. La viande de l’animal sacrifié y sera servie conformément
au rite. Certains ne pouvant se permettre un tel sacrifice, servent
de la viande sèche, comme acedluh, gardée pour de pareilles
occasions : un Yennayer sans la viande fût-elle sèche n’en était pas
un ! Lors du dîner, une cérémonie est prononcée afin de préserver
les absents et de faire que l’année soit bonne. Les absents ne
seront pas les oubliés du repas : des cuillers disposées par la mère
symbolisent leur présence et une proportion symbolique leur sera
laissée dans le plat collectif, sensé rassembler toutes les forces
de la famille. Après le repas il convient de vérifier si tout le
monde a mangé à sa fin. C’est la maîtresse des lieux internes (la
grand-mère ou la mère) qui pose la question aux enfants pour savoir
s’ils ont mangé à leur faim : la réponse est necca nerwa (oui nous
avons mangé et sommes rassasiés). La maîtresse des lieux n’oublie
pas non plus les proches ou les voisins, lesquelles lui rendent
également des aliments différents : il n’est pas de coutume de
laisser balader des ustensiles vides le jour de laawachar (jour
béni). La fête garde de sa saveur pendant les quelques jours qui
suivent l’événement. Les nouveaux ustensiles rangés après la
dernière célébration vont redescendre de tareffit (étagère), on
prépare lesfenj (des beignets), tighrifin (crêpes), et tous autres
plats et gâteaux rappelant une saveur rare fût-elle importée. Seront
également au rendez-vous les fruits secs amassés ou achetés le reste
de l’année, figues sèches, amandes, noisettes, dattes, etc.
Un autre rite est pratiqué : le carnaval. Les enfants se masquent à
l’aide d’une courge évidée, percée de trous pour les yeux et la
bouche ; on colle des fèves qui seront des dents et des poils de
chèvre pour la barbe et les moustaches. Ils vont par petits groupes
à travers les ruelles et font des collectes.
Par : Aghbalu
Source : www.cbf.fr
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