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L'utilisation maximale de
l'olive ou comment transformer un problème écologique en débouché
économique |
Un simple procédé de fermentation pourrait
aider à résoudre trois problèmes d'importance auxquels doivent faire face
les collectivités rurales du Maroc : comment disposer en toute sûreté de
180 000 tonnes de grignons ou tourteaux d'olives, ces gâteaux cylindriques
faits de résidus d'olives broyées; comment faire en sorte que les
provendes pour le bétail soient abordables malgré la réduction des
importations par le gouvernement; comment créer des débouchés permettant à
de jeunes chômeurs instruits de lancer leur propre micro-entreprise.
Tous ces objectifs peuvent se réaliser grâce à un procédé de
fermentation de la biomasse en milieu solide qui permet d'augmenter les
protéines et de réduire la teneur cellulosique des tourteaux d'olives, les
rendant mieux adaptés à l'alimentation animale et à d'autres usages, a
déclaré Mustapha Ismaïli-Alaoui de l'Institut agronomique et vétérinaire
(IAV) Hassan II, lors d'un colloque d'une semaine sur les produits
naturels tenu au courant de 1998 à Ottawa. Ce colloque a été organisé par
le Centre de recherches pour le développement international (CRDI)
et l'Université du Québec à Chicoutimi, avec la collaboration de
l'Université Carleton et de l'Université d'Ottawa.
La récupération des résidus
Les grignons d'olives sont des produits de récupération de quelque 16 000
maâsras marocaines, petites usines traditionnelles d'extraction de
l'huile d'olive. Jusqu'à présent, ces grignons ou tourteaux avaient peu de
valeur économique. Une certaine quantité sert à alimenter les chaudières
ou à chauffer les maisons, mais la majorité sont jetés et sont source de
pollution, soit parce qu'ils sont contaminés par des champignons, soit
parce qu'ils rejettent des substances toxiques dans l'environnement. Les
toxines fongiques ou les composés polyphénoliques qui résistent à la
dégradation bactérienne peuvent alors se lixivier, menaçant ainsi la santé
humaine et environnementale. Certaines sources d'eau, telles que le Oued
Sebou, un fleuve long de 500 km, ont été polluées de la sorte.
Grâce au financement du
CRDI, de l'IAV Hassan II et d'autres institutions,
Ismaïli-Alaoui a entrepris d'aider les agriculteurs exploitant des maâsras
à transformer les résidus d'olives en produits utiles. Son groupe avait
déjà quelque expérience de la fermentation de la bagasse (pulpe de la
canne à sucre). Sous la direction d'André Morin du Centre de recherche et
de développement sur les aliments (CRDA), l'équipe marocaine a travaillé
en collaboration avec des chercheurs canadiens, mettant à profit leur
expérience de la fermentation dans la production d'extraits concentrés.
La fermentation des grignons d'olives
À l'aide d'une petite étuve de laboratoire, les Marocains ont fait
fermenter un mélange de grignons d'olives, de bagasse d'origine locale et
de cultures de micro-organismes. La haute teneur en carbone et en
substances nutritives de la bagasse favorise la prolifération microbienne.
Les premiers essais ont révélé qu'en utilisant les microbes appropriés, la
transformation des grignons d'olives peut se faire en deux ou trois jours.
Ismaïli-Alaoui et ses collègues ont identifié les souches microbiennes les
plus performantes de la vaste collection de l'IAV Hassan II, laquelle
comprend des organismes provenant du milieu naturel et de collections
internationales. En fin de compte, trois souches ont été choisies pour
leur capacité non seulement d'accroître la teneur en protéines et de
réduire la teneur cellulosique des grignons d'olives, les rendant ainsi
plus digestibles, mais aussi de produire des métabolites secondaires
éventuellement commercialisables comme des enzymes et des composés
aromatiques.
Des enzymes commerciaux
L'analyse nutritionnelle a montré que les grignons d'olives fermentés
contenaient passablement plus de protéines et étaient 31 % plus
digestibles que le produit original. Qui plus est, les chercheurs ont
obtenu diverses enzymes qui servent à clarifier les jus de fruits riches
en pectines, ainsi que la lipase et l'estérase, utilisées dans la
fabrication d'arômes naturels. De fait, les grignons d'olives ont
produit plus de lipases et d'estérases que toute autre technique connue à
ce jour, a précisé Ismaïli-Alaoui lors du colloque.
Se fondant sur un sondage réalisé dans les maâsras, l'équipe a sélectionné
deux fermes marocaines comme sites de ses futurs essais. Le laboratoire d'Ismaïli-Alaoui
a fourni les cultures microbiennes nécessaires au processus de
fermentation, tandis que les agriculteurs ont pour les besoins de la cause
transformé leurs serres en étuves. Ils ont pour ce faire doublé les toits
d'un film plastique noir qui, servant de toile solaire, hausse la
température de la serre au degré requis pour la fermentation.
Les avantages escomptés
Si les résultats sur le terrain confirment ceux obtenus en
laboratoire, nous pouvons escompter en tirer bien des avantages,
affirme Ismaïli-Alaoui. Ainsi, le gouvernement du Maroc a annoncé son
intention de réduire les importations d'aliments pour le bétail. Le
prix des provendes traditionnelles augmentera sans doute, mais les
grignons d'olives constitueront une solution de rechange plus abordable.
En outre, l'accès à une source locale d'aliments pour animaux rendra les
agriculteurs moins vulnérables aux fluctuations des sources
d'approvisionnement dues à la rigueur du climat. Enfin, les jeunes
diplômés marocains, chez qui le taux de chômage est extrêmement élevé,
pourront créer leurs propres entreprises en exploitant les marchés pour
les sous-produits enzymatiques des grignons d'olives fermentés,
conclut-il.
Raymond Laprée est un rédacteur basé à Aylmer (Québec).
Source : www.idrc.ca
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